En février 1970, lorsqu’il vient jouer de nouveaux morceaux sur le plateau de l’émission pennsylvanienne The Show, Tim Buckley a tout juste vingt-trois ans. Mais il s’est définitivement écarté de son image de troubadour psyché : le jeune homme qui semblait éclos d’un rêve préraphaélite revu et corrigé par la Californie des sixties, ne jure plus que par la musique contemporaine, Miles Davis et le free jazz. Son folk-rock déjà très singulier, très libre, se voit pousser de nouvelles ailes et se métamorphose radicalement, quitte à s’envoler vers les sphères de l’abstraction. Et sa voix virtuose, distendue, est désormais sans âge.
Ici, accompagné de nouveaux équipiers dont le trompettiste Buzz Gardner (ancien membre des Mothers Of Invention, donc de la constellation Zappa), le jusqu’au-boutiste songwriter offre au public une esquisse encore assez sage du fameux Starsailor qu’il enregistrera quelques mois plus tard : Starsailor, les Illuminations de Buckley, album de non-retour qui ne sera plus du folk, plus du jazz, plus rien qu’une grande et magnifique pulsation non identifiée, perturbante, et une intarissable source de fantasmes depuis…

Sa maturité (vocale et musicale) m’a toujours épaté et étonné.
Le live at the Troubadour, en est un parfait exemple.
Magnifique chanson, interprétation hallucinée, un rare document qui mérite d’être savouré. Bravo.